Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Joël de Rosnay

Joël de Rosnay

Chercheur éminent et sportif accompli ­ c'est lui qui a introduit le surf en France sur la côte basque dans les année 60 ­ Joël de Rosnay s'intéresse à la prospective et aux répercussions du tout numérique sur l'humanité.

Joël de Rosnay : de plus en plus connecté, de moins en moins heureux ?

« Surfer la vie »

Philippe Lapousterle, animateur de cette rencontre, a lancé l'échange sur l'ouvrage de l'auteur « Surfer la vie ». Rien de tel que la métaphore de la vague et du surfeur en déséquilibre pour définir la vie selon Joël de Rosnay. En effet, il s'agit d'observer notre environnement dans une approche multidimensionnelle pour pouvoir faire face à l'imprévu et ainsi planifier les choses et atteindre ses objectifs La vague s'est aussi la notion de fluidité, de flux fondé sur les informations que l'on donne et que l'on reçoit, que l'on échange et qu'on partage. Nous vivons aujourd'hui dans un écosystème numérique en perpétuelle évolution. Évolutions techniques avec des outils numériques qui nous donnent des sens supplémentaires comme l'orientation avec les GPS, nous permettant de devenir des hommes et des femmes « augmentés ». Évolution sociétale car cet écosystème modifie nos usages et nos comportements. En effet, nous n'allons plus Sur internet, nous sommes Dans internet, connectés en permanence aux autres et au monde. Nous sommes passés de l'ère de la communication à l'ère de la symbiose en relation directe avec notre environnement. Les Google glass sont déjà une réalité, et les vêtements « mettables » connectés remplaceront bientôt nos smartphones. Dans un avenir proche, de véritables tableaux de bord composés de données sur nos pulsations cardiaques, notre taux de cholestérol, etc. seront à notre dispositions. Nous pourrons faire de la prévention quantifiable pour gérer au mieux notre corps, être rassuré et donc être heureux. Reste à savoir si toutes ces nouvelles facilités procureront du bonheur ?

N'ayons pas peur du futur

Nous ne sommes pas, comme beaucoup le laissent croire, dans un monde en crise. C'est un changement de monde qui s'opère. L'écosystème numérique nous suit partout. Bien entendu, ce sont les jeunes de la génération millénium qui le comprennent le mieux, ce que nous appelons les IKWIWAIWIN c'est­à­dire les « I Know What I Want And I Want It Now ». Cette génération qui n'est pas française mais mondiale est en train de changer le monde car elle a cette faculté de le voir dans sa globalité, qu'elle maîtrise parfaitement les interactions entre les applications et qu'elle considère que l'entraide entre les individus et le risque partagé sont le plus important. On parle ici de Cyber­Union, l'utilisation de tous les outils numériques pour avoir du pouvoir ensemble. Mais ce monde qui change voit apparaître également les GAMFA, les géants du numérique Google, Amazon, Microsoft, Facebook et Alibaba. Nous sommes avec eux dans le domaine du Bigdata. Ils stockent le monde entier et tout un tas de données qu'ils nous revendent ensuite. Y compris dans le domaine de la biologie. D'ici un an, le génome humain sera décodé et nous pourrons acheter pour moins de 500 € notre carte d'identité ADN. Loin de nous rassurer, nous deviendrons de plus en plus dépendants de ces entreprises qui sont pour certaines, plus riches que les États.

Il ne faut pas pour autant avoir peur du futur. Nous pouvons reprendre le contrôle sur nos vies. Il va falloir par exemple prévoir une sorte de Syndicat mondial pour éviter que ces entreprises deviennent des entreprises Nations en leur opposant une résistance, un Cyber­Boycott. Ayons également l'audace d'une pensée positive constructive dans ce monde dont le miroir est catastrophique pour se créer un avenir que l'on désire et pas que l'on subit. Pratiquons enfin une diététique de l'information, du grec « dieta » art de vivre, pour éviter tout pessimisme et avoir l'impression de maîtriser sa vie. C'est à ce prix que l'on peut être créatif et imaginer son futur. Et si toutefois, vous vous sentez complètement dépassé, vous pouvez toujours lire un bon roman policier. Le bonheur est dans le polar (voir la vidéo de la rencontre de Fred Vargas).

Aimer, donner, chercher

Joël de Rosnay a aujourd'hui l'« âge numérique» de ses étudiants (77 ans). Rompu à l'univers 2.0, il doute toutefois de la capacité des nouvelles technologies à faire notre bonheur. Pour lui, l'essentiel réside dans la famille et dans l'amour pour sa femme Stella ­ un nom prédestiné ­ et ses enfants. Pour lui, le bonheur c'est aimer, donner et chercher, c'est-­à­- dire l'amour, le don de soi et la curiosité.