Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Fred Vargas

Le bonheur est un polar

Le bonheur est un polar

Dans son propos introductif, François Bayrou avait prévenu la salle : Fred Vargas déteste l’exercice. C’est par amitié qu’elle a accepté de venir à Pau pour s’entretenir du bonheur avec un public conquis d’avance.

Loin d’être mal à l’aise, l’auteur éminente de polars s’est livrée à une démonstration magistrale pleine de subtilité et d’humour, empruntant tant à l’univers surréaliste dans lequel elle a grandi qu’à celui de l’archéolozoologie dans lequel elle exerce.

Si Fred Vargas a indiqué avoir « beaucoup de questions à vos réponses » à Jean-François Bège – empruntant la citation à Woody Allen pour l’occasion - elle a offert à la salle une démonstration cousue de « fil d’Ariane » du lien évident entre plaisir et polar et de l’inscription de ce genre dans l’art littéraire malgré le dénigrement permanent dont il est l’objet.

L’apparente passivité dans laquelle la lecture des aventures d’Adamsberg, d’Hercule Poirot et autres personnages plonge le lecteur dissimule en fait une mécanique bien ficelée qui l’amène à résoudre en même temps que le héros un casse-tête chinois, source de bonheur - contrairement au « rubik’s cube » selon l’auteur, complètement antibonheur.

Fred Vargas a ensuite fait le parallèle entre le cheminement du récit et les codes des époques médiévales et antiques. Le héros du roman polar n’est autre que le chevalier ou Apollon.

Le meurtrier du XXIe siècle, lui, est le dragon du moyen Age ou le Minotaure de Thésée.

Derrière ces personnages combattant le danger se cachent les notions de connaissance, sagesse, harmonie et sérénité, ces deux derrières étant hélas éphémères. Le passé appartient au bonheur de demain et non au passé.

Le roman policier est une impérieuse nécessité qui nourrit notre besoin d’identification à des héros et à leur quête pour l’abolition du danger vital.

Animal doté d’un cerveau retenant beaucoup plus longtemps les signes du chagrin que ceux du bonheur, l’homme trouve dans le polar un plaisir fondamental.

Un simple retour aux sources de l’espèce humaine, qui malgré l’avènement de l’ère numérique, reste l’être ancien que nous sommes tous.

Fred Vargas a conclu sur une citation d’Aristote et la catharsis, avec en filigrane l’affirmation que « le polar n’est pas seulement un bonheur mais un objet de sauvegarde. Il apporte de l’allègement. »

Le conseil de Fred Vargas : achetez un roman policier, jetez la montre Google ! Vous vivrez mieux !

Dernière confidence de l’auteur : elle fait souvent référence au Béarn et aux Pyrénées dans ses romans. Originaire de Normandie, elle a souhaité lors de la création du commissaire Adamsberg le faire venir d’un milieu qu’elle ne connaissait pas. La montagne s’est imposée. Les Pyrénées ont eu l’avantage sur les Alpes, parcourues avec son ami Marc Dugain. Et surtout parce que toute personne pénétrant dans le royaume de Navarre au temps des rois, devait franchir la frontière épée basse. Un geste chevaleresque fort qui résonnait pour cette spécialiste de l’époque médiéviste.