Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Les idées mènent le monde

A. Lacroix, A. Jenni et T. Oubrou

A. Lacroix, A. Jenni et T. Oubrou

Croire pour vivre ou vivre pour croire ?

Rencontre avec Alexandre Lacroix, Alexis Jenni et Tareq Oubrou animée par Philippe Lapousterle.

La foi est-elle la condition du bonheur ? Alexandre Lacroix, auteur de Comment vivre lorsqu’on ne croit en rien ?, explore les chemins contradictoires de son existence par la philosophie. A ses côtés, Tareq Oubrou, Imam de Bordeaux, et l'écrivain Alexis Jenni ont choisi de croire chacun à leur manière pour guider leur chemin. Un espace pour les vivre ensemble est possible selon ces trois hommes en rejetant le dogmatisme.

D'où vient-on ? Quelle est la raison de notre présence ici ? Allah ou Dieu existe-t-il ? Devant ces questions qui peuvent donner le vertige, Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de Philosophie magazine, a décidé à la manière des sceptiques de l'Antiquité, « d'entretenir ce sentiment d'incertitude comme une vivification permanente de la pensée ». Pourtant la foi, sans apporter de réponse, ouvrirait à la raison : « elle ne lève pas le mystère. On n'est pas dans la certitude mais dans la conviction » dit Tarek Oubrou. Il est cependant nécessaire de réinterpréter les termes du dogme selon Alexis Jenni, car « à force d'être réinterprétés, ils se ringardisent. […] Tout le monde fait ce travail-là de revivification de ces notions qui sont assez floues et larges. Elles sont là comme des églises et des bâtiments qu'on vient habiter ».

Descartes propose une morale, une attitude existentielle pour conduire sa vie. Pour le philosophe, l'Homme est comme perdu dans une immense forêt : peu importe la direction que vous suivez vous sortirez de la forêt, la lisière est son salut. Pour Alexandre Lacroix, nous vivons sur une planète entièrement recouverte de forêts et suivre Descartes nous conduirait à l'épuisement. « Je propose d'établir un bivouac et de rayonner en étoile comme une exploration des chemins contradictoires […] des possibles de l'existence, [...] ne pas se perdre dans sa vie mais l'explorer dans sa diversité en donnant une belle place à l'esthétique du monde ». Cette forêt évoque pour Alexis Jenni les Mayas, qui ne percevaient jamais l'horizon : « mieux vaut dans ce cas s'arrêter au pied d'un arbre et avoir une sacrée vie intérieure ». Le récipiendaire du prix Goncourt 2011, préfère voir derrière la forêt une lisière qui mènerait à une chapelle. Pour lui, les dogmes religieux sont assez plastiques et nécessitent interprétation. Et selon l'imam de Bordeaux, comme la foi n'a par essence pas une forme définitive, elle permet d'accéder à l'universel.

Alors l'opposition entre croyants et non croyants est-elle toujours la ligne essentielle ? Selon les trois hommes, le fossé se situe entre les dogmatiques et les non dogmatiques. » Les athées peuvent être très dogmatiques » affirme Alexandre Lacroix. « Une éthique possible autour du vivre ensemble est possible, selon Tarek Oubrou. La citoyenneté et la République peuvent être le champ de cette rencontre, une laïcité bien pensée et bien pratiquée. »