Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Les idées mènent le monde

Luc Ferry

Agrégé de philosophie et de sciences politiques, Luc Ferry oppose aux thèses habituelles de la théorie du bonheur, la philosophie du présent.

Bonheur ou bonne vie ?

Dès son introduction, Luc Ferry a annoncé devant une salle comble, qu'il était totalement opposé à la théorie du « bonheur par soi-même » développée dans de nombreux livres, notamment celui de son confrère et néanmoins ami, Frédéric Lenoir. Il propose donc de la définir dans une première partie et d'expliquer ensuite pourquoi il ne peut y souscrire.

La philosophie du « bonheur par soi-même » se réfère aux sagesses anciennes comme le bouddhisme ou le stoïcisme, aux neurosciences et à la psychologie positive. Elle repose sur 5 grandes idées :

  • on peut parvenir au bonheur par des exercices de sagesse.
  • on peut être heureux dans un monde malheureux car tout dépend uniquement de soi et pas de ce qui nous entoure
  • il existe une nature humaine, comme un réceptacle, qu'il suffit de bien remplir pour être heureux
  • il ne faut pas s'attacher aux biens ou aux êtres pour ne pas devenir fou
  • il faut habiter le présent selon le principe du Carpe Diem

Luc Ferry avance 3 raisons contredisant cette philosophie. Selon lui, nous avons des moments de joie mais le bonheur est éphémère et fragile car il dépend des autres et de l'état du monde. Ensuite, il y a une dissymétrie entre le bonheur et le malheur. Si nous pouvons identifier le malheur, il est impossible de définir le bonheur. Enfin, il n'existe pas de nature humaine identifiable. Nous ne sommes pas des urnes que l'on pourrait remplir. Par ailleurs, il n' y a pas de définition universelle de ce qui pourrait nous rendre heureux.

Pour lui, l'idée de liberté est plus forte que l'idée du bonheur. S'appuyant sur le Mythe de la création des mortels par Prométhée, Luc Ferry explique que l'homme, dépourvu de dons naturels, est libre. Cette liberté lui permet de tout construire, d'inventer sa vie. Au principe illusoire de la recherche du bonheur, le philosophe prône donc l'idée de cultiver la liberté, la lucidité de la pensée et de l'amour.

La seule philosophie qui puisse promettre le bonheur, ce sont les religions pour peu que l'on ait la foi et notamment le christianisme et sa doctrine du corps glorieux (résurrection du corps et de l'esprit). Cette doctrine nourrit la vie dans le présent car elle règle la question de la mort avec la promesse d'une vie après la mort. Le bonheur est à ce prix. Et dans ce rapport à la mort, aucune philosophie ne fait le poids.

C'est pourquoi il ne faut pas s'interdire de vivre les petits moments de joie.