Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Philippe Meyer et Denis Tillinac

Philippe Meyer et Denis Tillinac

« Heureux comme Dieu en France »

Philippe Meyer et Denis Tillinac sont deux amoureux de la France. Ils la connaissent bien pour l'avoir longuement parcourue « à solex ou en deudeuche ». Ils ont croisé des générations d'habitants et pourtant ne reconnaissent pas les Français déprimés que les sondages veulent nous montrer.

Ce sont aussi deux auteurs, également journalistes, partis sur les routes de France à la rencontre du monde avant même que leur profession ne les y conduise. Une enfance parisienne et un besoin d'évasion vers les terres corréziennes paternelles pour Denis Tillinac qui « donne envie de sillonner les territoires » et le besoin de « comprendre les choses, les saisir et les raconter » pour Philippe Meyer.

Le proverbe allemand « Heureux comme Dieu en France » a, au fil du temps, défini notre pays comme le lieu le plus merveilleux qui soit.

« Il y a toujours un émerveillement, un clocher roman au détour d'une nationale ». De la complainte de la môme Piaf à la rosace de la Sainte Chapelle, de la gastronomie au patrimoine architectural, notre pays recèle une multitude de facettes dont Denis Tillinac se délecte de façon charnelle.

Il avoue : « J'ai dit oui pour venir ici, parce que Pau pour moi, ce sont les poèmes de Toulet, le vin de Jurançon, François Moncla et son équipe victorieuse de 1964, ces cimes qui se profilent... C'est le Béarn qui ne ressemble ni à la Bigorre ni à la Chalosse voisines... La France, ce n'est pas les mêmes accents, ni la même architecture ni la même tournure d'esprit ».

La France, un pays de contrastes

Alors si la France est présentée comme le pays où il fait bon vivre, pourquoi les Français sont-ils aussi pessimistes ?

« Il y a une différence entre vivre dans un pays et le visiter. Ce sentiment du pays idyllique est entretenu par les touristes », explique Philippe Meyer.

« C'est aussi l'ambivalence de notre pays : une exigence intellectuelle et une aspiration à être un peu plus que ce que l'on est et puis notre versant rabelaisien. En fait, notre ''déprime'', c'est de ne pas accepter de renoncer à la grandeur et de ne pouvoir supporter la médiocrité », poursuit Denis Tillinac.

Il y a chez nous une perpétuelle pulsion d'anarchie suivie d'une pulsion césariste. On hisse aussi vite que l'on brocarde. Et l'on est finalement toujours plus heureux qu'on ose le dire.

« On rencontre plus de personnes inquiètes que déprimées », souligne Philippe Meyer. Et les sujets d'inquiétude diffèrent selon les générations. Les plus âgés regrettent que leur descendance ne puisse connaître le plein emploi, la retraite à 60 ans. Dans le même temps, les plus jeunes s'adaptent et s'emploient malgré tout à entreprendre.

La presse a sa part de responsabilité dans cette image surjouée de la déprime, elle qui nous présente quotidiennement le miroir de notre société.

« Ce que l'on oublie, c'est que nos ''problèmes'' s'inscrivent sur le champ d'une crise qui concerne l'ensemble de l'Occident. Nous vivons un chambardement très profond, quelque chose de plus grave. Il faut sortir de notre vision hexagonale ».