Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

Gérard Miller

Rencontre avec Gérard Miller animée par Marc Bélit.

« L’ambiguïté du bonheur »

Ecrivain, psychanalyste, professeur d'université, chroniqueur, Gérard Miller nous explique l'ambiguïté du bonheur d'un point de vue psychanalytique, entre conscient et inconscient.

Selon Freud, le père de la psychanalyse, l'être humain a davantage une propension au malheur qu'au bonheur. Pourtant, il semble évident que nous recherchons tous notre bien. Qui rechercherait son propre malheur ?

Cependant, « on peut raconter ce qu'on veut sur notre envie d'aller bien, il y a quelque chose qui nous ramène à l'inverse » insiste Gérard Miller. D'où vient cette ambiguïté ?

L’ambiguïté du bonheur

Freud pensait que l'être humain était régi par le principe de plaisir - l'homéostasie - et le principe de réalité, c'est-à-dire satisfaire à des contraintes et des obligations pour finalement aboutir au plaisir). Il s'est finalement aperçu qu'il y a en chacun de nous quelque chose qui nous emmène loin du plaisir.

En effet, Il existe deux types de satisfactions : les satisfactions conscientes (aller au cinéma, partir en vacances...) et les satisfactions inconscientes (« la jouissance » de Lacan)

Nous pouvons nommer les premières mais pas les secondes, qui sont vécues comme déplaisantes lorsqu'elles deviennent conscientes.

L’ambiguïté tient également dans la distinction entre désir et besoin. Nous obéissons plus souvent à nos désirs qu'à nos besoins. Comme l'Avare de Molière qui tient à sa caissette, nous pouvons tenir plus que tout à quelque chose dont nous n'avons absolument pas besoin. Cette quête nous fait souvent agir contre nous-mêmes. Nous tenons plus aux satisfactions inconscientes que conscientes. D'où l’ambiguïté de notre propre bonheur...

Qu'est ce que le bonheur ?

« La souffrance est-elle dans la réalité ou dans le récit que l'on s'en fait ? » interroge alors Marc Bélit. « Ce que nous vivons, nous le vivons parce que nous le disons. Nous ne ressentons que ce que nous nommons » explique Gérard Miller. Il n'y a pas de fait brut, la vie est le récit que l'on en fait et il traduit le sens que les événements prennent pour nous.

« Le bonheur, c'est la façon dont on se raconte certaines histoires » explique le psychanalyste.

La psychanalyse peut-elle aider au bonheur ?

« On ne fait une psychanalyse qu'à partir du moment où on sent que quelque chose se répète dans notre vie et que ça cloche » explique Gérard Miller. Quand une répétition d'événements majeurs dans notre vie nous conduit vers la souffrance, il faut alors s'interroger. « Nous sommes acteurs de ce qui se passe dans notre vie, y compris là où nous pensons subir les choses. » La psychanalyse permet de comprendre ce qui « semble nous mener par le bout du nez dans notre vie sans que nous sachions le nommer ».

« Elle m'a sauvé la vie. Depuis tout petit, je combats en moi les pulsions de haine. Oui, la psychanalyse rend heureux. » conclut Gérard Miller.