Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Michèle Cotta et Jeannette Bougrab

Michèle Cotta et Jeannette Bougrab

Bonheur et pouvoir

Michèle Cotta et Jeannette Bougrab ont toutes deux occupé des postes à haute responsabilité. Un parcours de journaliste a amené la première jusqu'aux hautes autorités audiovisuelles, quand la seconde est entrée en politique et a connu un parcours rapide jusqu'au poste de Secrétaire d'État à la Jeunesse et à l'Emploi. Alors, le pouvoir fait-il le bonheur ? Qui plus est lorsque l'on est une femme ?

Partant du postulat révolutionnaire que le bonheur n'est pas seulement un état mais aussi un droit, et qu'il figure dans tous les grands textes fondateurs des Etats modernes, Michèle Cotta rappelle que ce droit au bonheur était, citant Saint-Juste, « une idée neuve » dans l'Europe du XVIIIème siècle.

La journaliste s'interroge alors sur la notion de bonheur en politique. Celle qui a côtoyé tous les Présidents de la Vème République confie que « c'est surtout la conquête du pouvoir qui amène l'ivresse et le sentiment de bonheur ».

Elle demeure persuadée que les hommes politiques ont la « volonté de faire le bonheur des autres... et que leur malheur est de ne pas y parvenir ».

S'engager par conviction

Jeannette Bougrab ne partage pas vraiment cette idée. Elle ne se reconnaît d'ailleurs pas vraiment de propension au bonheur. Fille de harkis, elle s'est engagée en politique « pour rétablir [sa] famille paria de l'Histoire, convaincue que l'on peut rétablir une sorte de justice par le droit ».

Une manière pour elle de « faire bouger les lignes de l'intérieur », en se mobilisant pour différents combats, notamment contre le communautarisme et le différentialisme. Et si elle refuse la tyrannie du bonheur, le trouvant antinomique au pouvoir, elle avoue malgré tout : « mon bonheur, c'est que mon père soit fière de moi et puisse partir dignement ».

Elle reconnaît qu'il y a beaucoup de satisfaction dans son engagement mais que cela ne la rend pas forcément heureuse. « Le bonheur est presque prétentieux. Et moi, je ne suis pas malheureuse de ne pas être heureuse. »

Aussi, existe-t-il des hommes politiques pour qui la chose publique demeure le nirvana ?

« François Mitterrand ne pensait pas être un jour Président. Au fil des ans, il s'est transformé en bête politique. Et c'est devenu une quête permanente », reprend Michèle Cotta.

« Quand on pratique la politique à haut niveau, je reste persuadée que cela apporte du bonheur même s'il demeure fugace. Le pouvoir donne aux hommes une capacité à tout sacrifier ».

La solitude du pouvoir

Jeannette Bougrab avoue, elle, avoir fait le choix du bonheur personnel et familial. « Je n'ai pas d'appétit du pouvoir et j'ai toujours ressenti une grande solitude dans mes fonctions. J'ai quitté la vie politique pour me consacrer à ma fille. Ce n'est pas un sacrifice. Je ne pouvais envisager de vivre sans être mère ».

Michèle Cotta reconnaît que tous les hommes politiques ont des vies privées difficiles. La presse est aujourd'hui plus attentive à cela qu'il y a plusieurs décennies et contribue à ce que les frontières tombent.

« Nous considérions que tant que le privé ne pesait pas sur le politique, on n'en parlait pas. Aujourd'hui, nos collègues nous en font le reproche... C'est vrai que le privé peut influer la réalité publique ». Pour autant, elle estime que les politiques sont aussi responsables « dans la mesure où ils affichent eux-mêmes leur vie privée ».

Toutes deux constatent l'émergence d'une nouvelle génération de femmes en politique. Beaucoup viennent du milieu associatif, humanitaire et s'engagent avec le désir de faire changer les choses de l'intérieur, par le biais des conseils municipaux principalement.

« On peut faire de la politique avec bonheur. Les femmes, plus soucieuses, moins hâbleuses, ont envie de donner de nouvelles couleurs à la politique ».