Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

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Jean-Christophe Rufin

Jean-Christophe Rufin

Rencontre animée par Philippe Lapousterle.

« Compostelle, le bonheur en chemin »

Médecin de formation, historien, globe trotteur, écrivain, diplomate français et également membre de l'Académie française depuis 2008, Jean-Christophe Rufin nous livre sa vision du bonheur en marchant, non sans humour et esprit.

Depuis toujours en recherche d'un engagement qu'il a trouvé au départ dans l'humanitaire avec Médecins sans Frontières, c'est aujourd'hui dans la littérature que Jean-Christophe Rufin trouve une forme d'engagement personnel.

Dans l'un de ses derniers ouvrages intitulé « Immortelle randonnée », le sous-titre « Compostelle malgré moi » peut interpeler de prime abord .... L'écrivain explique qu'il hésitait au départ entre la la traversée des Pyrénées d'Ouest en Est et le chemin de Saint-Jacques. Finalement, il s'est retrouvé malgré lui à marcher sur ce dernier, sans avoir trop étudié l'itinéraire.

Le chemin de Compostelle pourrait n'être qu'un chemin de randonnée parmi d'autres mais ce n'est pas le cas. « El Camino », comme il est appelé de l'autre côté des Pyrénées, est un parcours beaucoup plus fort, chargé d'Histoire et investi de traditions... qui possède la singularité de faire de vous un pèlerin et non un simple randonneur.

Le bonheur n'est pas dans l'objectif mais dans le chemin

Le parcours s'est déroulé en 3 grandes phases pour l'Académicien : au départ le corps, et surtout les pieds occupent une place prépondérante dans la marche : « on est totalement pris par les douleurs, la soif, la chaleur, l'inquiétude sur l'endroit où on va dormir, la crainte de perdre le Chemin, de ne pas trouver les flèches.... ». Vient ensuite une seconde étape où le corps s'étant adapté, c'est l'âme qui a besoin d'être nourrie : ce sont alors de multiples arrêts dans les très nombreux monastères, églises ou ermita... Et enfin « les maux physiques surmontés et le recours aux lieux spirituels dépassé, on se sent tout simplement bien ! ». La tête s'est vidée au même rythme que la mochilla s'est allégée pour ne conserver que l'essentiel. « On accueille alors tous les autres avec bonheur, un bonheur peut-être un peu niais certes... »

Après plusieurs semaines de marche, le pèlerin tend à son but. Il ressent alors une certaine ivresse d'être arrivé au bout, seul, sans aucune aide. Pour autant, l'arrivée à Santiago s'avère quelque peu décevante. « Tout ça pour ça ? » s'est interrogé Jean-Christophe Rufin en longeant les affreuses zones industrielles et commerciales d'entrée de ville, en traversant des rocades dangereuses ignorant le marcheur avant de déboucher dans le Casco viejo et finalement pénétrer dans la basilique où le pèlerin crasseux est relégué sur les bancs du fond ou des cotés tandis que les clients des tour opérateurs se pressent au premier rang...

Le chemin transforme

« L'arrivée n'est pas l'arrivée. Elle vous renvoie sur le chemin qui a nourri tout un processus de transformation » dans le cœur, la tête et l'âme du pèlerin.

Le Chemin amène une évolution mentale, le vide qui se fait en soi transforme. Il prépare spirituellement à un chemin d'émotion. « C'est un chemin avec une très forte teneur spirituelle, mais pas forcément là où on l'attend. » Personnellement, l'écrivain « a senti une émotion spirituelle dans un processus de contact avec la nature. »