Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

Pau

Rencontres Littéraires

Les idées mènent le monde

Actualités

C'est la fin de la 4° édition des Rencontres Littéraire "Les Idées mènent le Monde"

une certaine qualité de silence


Une certaine qualité de silence

Après l'interprétation d'une œuvre de Mozart, on dit parfois que « le silence est encore de Mozart ». Une réflexion venue souvent à l'esprit au cours des trois jours écoulés. Parfois coupées de rires, à maintes reprises d'applaudissements, les parenthèses muettes succédant aux propos procédaient d'une certaine qualité de silence liée à la personnalité de l'invité . Le phénomène, souligné  par un François Bayrou attentif depuis toujours aux sons de la classe, s'inscrit désormais, dans l'image de marque de ces rencontres « Les idées mènent le monde ». On dira donc de l'événement que sa spécificité, par rapport aux classiques colloques et aux débats, se distingue à l'oreille. Particulièrement, d'ailleurs, en cette quatrième édition où seuls les questionnements élaborés par les modérateurs étaient préparés. Les invités étaient priés par Philippe Lapousterle de garder leurs notes au fond de leurs poches et, surtout, de ne s'interdire aucune émotion. Une consigne qui a trouvé un écho particulier chez la journaliste Ruth Elkrief, invitée justement par Véronique Meynard à revenir  sur quelques moments de télévision restés dans les esprits, tels que – par exemple – la confession accompagnée de larmes de Jérôme Lavrilleux en pleine affaire Bygmalion. Mais en ce beau dimanche d'automne, il fallait avoir plus que le don de l'ubiquité pour être là où il se passait quelque chose. Songeons que les universitaires palois coordonnés par Caroline Fischer, professeure de littérature comparée, ont poursuivi leurs interventions en littérature, droit et sociologie (douze au total en trois jours!) que les exposants libraires, éditeurs et associations culturelles ont accueilli sans relâche des lecteurs et que les salles réservées aux rencontres ou aux retransmissions de celles-ci  n'ont à aucun moment désempli... 

Logisticienne hors pair, Delphine Sémavoine a mis en scène le ballet. Aucun froissement de susceptibilité à signaler en dépit de la célébrité des présents. La flamboyante Elisabeth Roudinesco a précédé le grand politologue Jean-Claude Casanova. Celui-ci  put, aux côtés d'Olivier Mongin, nous expliquer que la démocratie n'était pas le consensus. Héraclite y voyait la conscience de l'unité dans la discorde. Ou, si l'on préfère, l'art d'exprimer des désaccords sans violence. Cela ne nous empêche pas, comme lorsqu'il s'agit du Brexit dénoncé avec une tristesse non dénuée d'humour par Alex Taylor, d'être parfois chagrinés par ses fruits. Le docteur Tissot, rendu paraplégique par un accident électrique en Haïti – contrée en théorie moins dangereuse que l'Afghanistan – a bouleversé son auditoire en évoquant  la solitude du médecin de guerre plongé dans la tragédie. 

Dans son discours de clôture, François Bayrou a bien pris soin de rappeler que toutes les réflexions engrangées ce week-end nous donnaient des raisons de vivre. Une expression qui correspondait, tout à fait avec la force de certains témoignages. Comme celui de Smaïn : enfant abandonné en Algérie, transporté en France par une femme de confession juive et adopté par une famille musulmane. Conclusion de l'humoriste : « Trois livres...dans une seule reliure ! ». Sa confession  mêlait la drôlerie à l'effroi. Le secret des séducteurs. Parmi eux, rangeons aussi Raphaël Glucksmann et sa démonstration du caractère indispensable de la passion, ne serait-ce que pour défendre la raison. Tant il est vrai, selon lui, que  «seules les idées sauveront le monde ».

Jean-François Bège

Retour aux actualités