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L'éditorial de Jean-François Bège : "Joies d'hier et polémiques d'aujourd'hui"

L'éditorial dimanche

Editorial de Jean-François Bège, dimanche 24 novembre 2019, après la deuxième journée des Rencontres Littéraires Les Idées mènent le Monde.

« Ne boudons pas nos joies d'hier ! » a intimé Christine Ockrent face à l'élégant Jefferson Desport de Sud-Ouest en évoquant les jours, semaines et mois ayant accompagné la chute du mur et la fin de la « cicatrice de barbelés » emprisonnant l'Europe de l'Est jusqu'en 1989. La question reste de savoir quels sont les moments de joie que nous apporte ce monde « au-dessous de la stabilité », selon l'expression de Soljenitsine. Une plaie parmi d'autres de notre époque, ce sont les polémiques stériles et ricanantes sur tout et rien (la corrida, le véganisme, les trottinettes en ville, les frites congelées à la cantine, l'huile de palme, les coqs à la campagne, etc.). Elles nous offrent sans cesse de nouvelles occasions de nous haïr en famille ou entre voisins. Elles nous empêchent de voir l'essentiel. Cuites et recuites à gros bouillon par les chaînes info et les réseaux sociaux, elles atteignent dans le chaudron parisien une ébullition dont, heureusement, la température dégringole à l'approche de la splendeur pyrénéenne. Les montagnes qui nous dominent imposent modestie, tolérance et sagesse. Ce sont là de vieilles spécialités locales du Béarn ressuscitées depuis six ans par les alchimistes des Rencontres Littéraires, François Bayrou et Philippe Lapousterle.

Le « cas Finkielkrault » semble à ce sujet symptomatique. Le défenseur de la liberté de pensée tient trop à la clarté du débat pour ne pas privilégier les positions tranchées comme les opinions provocantes. Parfois, il exagère. Mais après tout c'est bien son droit et le nôtre. Cela lui a valu de se retrouver en butte à certaines féministes toute la semaine passée avec même, hier, un début de manif' aux portes du Palais Beaumont. L'intellectuel était fier du chahut ainsi généré. Il avouait, avec le style « second degré » qu'il affectionne, que sa mégalomanie trouvait aliment dans ces petits carrés roses brandis par les manifestantes qu'un psychanalyste pressé eût pu assimiler à de la lingerie fine... Traitée avec civilité à Pau, la controverse née à Paris aura fait long feu. 

En dépit de l'équipement audio-visuel très moderne dont elles bénéficient, les Rencontres ne sombrent jamais dans le buzz et la culture télévisée. Les enjeux contemporains – laïcité, immigration, mondialisation, crise climatique, transition numérique, etc. – sont décortiqués avec sérieux par des experts reconnus. Pour ne citer que le programme de samedi, l'académicien Erik Orsenna était là ainsi que Mgr Claude Dagens, le théologien musulman Tareq Obrou et l'ancien ministre Brice Lalonde. Dimanche, place au Prix Nobel de physique Gérard Mourou, au Goncourt Tahar Ben Jelloun, notamment.

Devant une aussi époustouflante accumulation de talents et de matière grise, réfugions-nous dans l'anecdote. Alain Finkielkrault a raconté qu'après avoir confessé sur un plateau – d'où la colère des contemptrices précitées – le plaisir qu'il éprouvait à violer tous les soirs, il était rentré chez lui où son épouse lui a sobrement déclaré : « Tu te vantes ! ». Quant à Me Dupond-Moretti, confronté à la rationalité du droit comme à l'irrationnalité d'une justice à laquelle il veut croire, il cultive une philosophie de l'étonnement fondée sur une multitude de petites observations drôles. Aux beaux jours, il partira sur les routes avec sa femme, la chanteuse québécoise Isabelle Boulay, en chevauchant une grosse moto. Pourvu qu'il ne lui arrive pas la même mésaventure que Brigitte Bardot qui ne connaissait plus Bergson en Harley-Davidson !

Jean-François Bège

Samedi 23 novembre, l'éditorial de Jean-François Bège : "De l'Atlantique à l'Oural"

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