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L'éditorial de Jean-François Bège : "Tirer vers le haut"

IMLM 2019

Editorial de Jean-François Bège, lundi 25 novembre 2019, après les Rencontres Littéraires Les Idées mènent le Monde.

Au troisième jour de la sixième édition, la preuve était une nouvelle fois administrée. Les Idées mènent le Monde constituent un extraordinaire balcon offert à l'intelligence contemporaine. Les intervenants se succèdent et se surpassent heureux d'avoir du temps et un auditoire attentif. Le public réussit le prodige d'être à la fois abondant et concentré. La qualité du silence mérite toujours autant d'éloges. Mais l'important, au fond, n'est pas de prendre date dans l'histoire du dithyrambe. Il suffit de rappeler - car c'est mérité - que le magicien en chef s'appelle François Bayrou, aidé par un Philippe Lapousterle qui, fort d'un splendide carnet d'adresses d'écrivains s'est fait une spécialité de ce type de rencontres littéraires dupliquées sur d'autres territoires. Mais si le Palais Beaumont est devenu un lieu où souffle plus qu'ailleurs l'esprit, c'est surtout grâce au fait que le Béarn reste, comme le disait feu Pierre Bourdieu, une région « particulièrement particulière ». Le coup de génie du premier magistrat palois aura été de favoriser le retour de l'alliage délicat entre l'exquise civilité béarnaise et l'amour du livre tôt inscrit dans les gênes d'une population longtemps protestante.

Athlètes de la pensée dans leurs domaines respectifs, la plupart des invités disposent d'une curiosité assez aiguisée pour s'apercevoir qu'ici se pétrit une qualité particulière de pâte humaine. Nombreux sont ceux qui témoignent de la qualité de l'accueil, de la douceur et de la gentillesse de l'équipe des bénévoles conduite, main de fer dans un gant de velours, par Delphine Sémavoine. Un tel climat facilite la confidence. On entendit ainsi Marcel Amont, à 90 ans passés, raconter comment il chérit sa famille très unie autour de son épouse Marlène. Ses liens avec ses ascendants, longtemps inquiets de savoir « qu'il n'aurait pas de retraite » déterminent d'autres tendres récits. Cet admirable artiste qui peut réciter quantité de poèmes en langue béarnaise sait comme personne tenir une salle sous son charme – sept décennies de métier ! - en mariant la culture et la fantaisie. Le fin du fin...

Dans un tout autre registre, le jeune rabbin Didier Kassabi, 42 ans, a fasciné le public par un discours très construit sur l'actualité de la tradition juive. Chargé avec deux de ses confrères des émissions religieuses du dimanche matin, il s'est inscrit avec une étonnante facilité dans le sillage du très malicieux et regretté Josy Eisenberg qui disait que la France aurait tort de « mettre la charia avec l'hébreu ». Didier Kassabi prône un judaïsme optimiste et utilise une très belle image pour définir ce qu'est la foi : celle du nouveau-né blotti contre sa mère qui, d'instinct, fait confiance à la vie sans savoir où elle le mènera... Seuls les enfants savent bien ce que signifie le mot « encore », qu'il s'agisse de l'attente du prochain biberon ou celle d'une nouvelle fusée de feu d'artifice. Tahar Ben Jalloun a su ensuite, avec toute sa finesse de romancier, évoquer l'amitié et provoquer cette interrogation.

Pourquoi croit-on autant à l'amour et si peu à l'amitié qui, elle, ne porte pas en elle le germe de sa propre fin ? C'était en somme la vérification de Christine Kintzler, philosophe spécialiste de la laïcité qui s'est ralliée au crédo des organisateurs des Rencontres : un événement littéraire doit nous « tirer vers le haut » alors que la vulgate audio-visuelle nous ramène sans cesse vers le bas. Le Prix Nobel (2018) de physique Gérard Mourou qui a clôturé les débats ne fait pour sa part, en aucune façon, cortège à la médiocrité. Il croit la science sauvera le monde et ce n'est pas chez lui une pensée vaine puisqu'il a inventé de nouvelles façons d'utiliser le laser. Ses travaux ouvrent de belles perspectives en matière médical, environnemental et nucléaire. Le XXIe siècle sera-t-il celui de « la » lumière comme le XVIII è fut celui « des » lumières ? En tous cas, on en aura parlé à Pau en novembre 2019 !

Jean-François Bège

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